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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 15:39

Le paradis n'est pas un lieu.

Published by emmanuel.thomazo.over-blog.com - dans Autour de Nulle Part
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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 16:55

Ecrire l'obsédait, comme un désir dont il n'était jamais parvenu à identifier l'objet réel.

 

Ecrire l'obsédait et il s'imaginait vivant en perpétuel sursis, marionnette masturbée par l'idée de sa mort : quitter la scène.

 

Ecrivait-il, n'écrivait-il pas? Il ne le savait pas lui-même.

 

Mais il savait que ce qu'il écrivait ou n'écrivait pas était tout aussi important que n'importe quel évènement au monde.

 

Dès le commencement, dans la présence parfumée de l'ange posé sur son épaule, les horribles phrases succédèrent aux horribles phrases, l'ange était tenté de s'arracher une plume pour le corriger en beauté mais n'agissait pas, une force supérieure tenant sa volonté en laisse comme un bâtard pestiféré : cette situation lui était insupportable et il souffrait de résister à l'envie d'insulter l'ange, de ridiculiser ce perroquet muet, de lui tordre le cou en hurlant il ne savait quel nom d'oiseau improbable.

 

Alors qu'il la filait depuis un bon moment, la grande femme maigre et grise - imperméable - bas - chignon - lança un coup d’œil dans son propre sillage, sans cesser de marcher à grands pas, comme pour vérifier son avancée le long des vitrines; mais il ne croit pas qu'elle le vit, non, il ne croit pas, à son immense soulagement : car c'était là sa mère qu'il avait prise par mégarde en filature - victime du détective privé qui hantait les bas-fonds de sa vie intime et l'enrôlait dans ses minables enquêtes inventées, sans jamais épuiser l’écœurant registre du banal - et il craignait fort qu'une fois encore elle profite de ce hasard marqué du sceau de la fatalité pour faire allusion moqueuse à ce qu'elle nommait ses "troubles pensées, obscurs sentiments, perverse timidité et autres infantiles tralalas de la même engeance."

 

Il était le jouet de la ruse du langage sans lien avec la raison, il était le pauvre souvenir d'enfance oublié dans le grenier de l'anonymat en personne, il était le poète forcé de se piquer au silence pour conserver la maîtrise des mots, il était le marcheur forcé à l'immobilité, il était le héros forcé de creuser sa propre fosse dans la solitude pour faire perdre sa richesse à sa semence, il était l'amoureux forcé de naufrager dans la mer morte des sentiments pour tarir la source du mal asphyxiant son cœur, il était celui qui maintenant déterre le cadavre de son père pour en extraire le sel de la vie.

 

Si quelqu'un un jour lui avait posé une question à laquelle il eût jugé nécessaire de répondre, il cherchait à s'en souvenir.

 

Le temps passait sans passer, la pensée avait renoncé à lui rendre visite, il menait jour après jour la même existence, un rayon de soleil et il sortait du sommeil, sortait de son lit, sortait de sa chambre, sortait de son appartement, et dehors il tournait en rond d'un quartier l'autre jusqu'à la soif, entrait dans des bars presque déserts, fuyant les regards méfiants des piliers de comptoir, il buvait une bière en regardant à travers les baies vitrées du bar, regardant sans les voir les gens vaquant à leurs affaires, une autre, les gens vaquant à leurs affaires, une autre, une autre, et encore une autre et il était vite ivre, et quand parfois l'envie de noter une petite musique de mots le titillait, il se retenait, en proie à une honte immotivée, embrassant le vide, une autre, le vide et l'effroi, et enfin il s'abandonnait avec fureur aux délices de la fuite.

 

Des centaines de mains d'enfants s'amusaient avec ses entrailles, des bulles de vinaigres soufflées par ces forbans hurleurs explosaient entre sa langue et son palais, et il se promenait comme un poète un peu niais dans la vive lumière d'hiver astiquée par le mistral, les oreilles sifflantes, exagérant la violence de sa faim pour avoir quelque chose à raconter à cette amie qu'il ne rêvait même plus de rencontrer.

 

Un autre que lui écrirait autrement, il le savait.

 

Il avait parfois la sensation de devenir un monument, immobile, enraciné dans son histoire comme dans un paysage, existant multiplié sur les photographies prises par les autres - touristes dans l'âme; et il devenait ainsi un peu fleur fécondée, répandant dans le monde ces photographies prises par des anonymes - mains, regards - comme pollen au vent.

 

Le vent s'engouffrait dans la bouche édentée du vieillard, mitraillait de poussière le pare-brise du taxi arrêté au feu rouge chancelant, arrachait une publicité pour une assurance-vie, une autre pour un soutien-gorge, soufflait comme une chandelle la musique de l'orgue de barbarie, faisait relever leurs cols aux passants, le rendait merveilleusement humain.

 

Il était étendu nu sur le lit défait, il entendait le chat noir de sa voisine qui miaulait dans la cour, il jouissait d'être seul en regardant la fumée de sa cigarette traverser les rayons du soleil filtrés par le store, dont l'un était braqué sur ses couilles, un autre sur le gland rouge de son sexe tendu vers son nombril, un autre encore sur le bout de son nez, et il pensait que l'existence était ainsi infiniment douce, la voisine roucoulait après son indolent chat noir qui lui répondait de temps à autre en miaulant sur un timbre à la fois las et voluptueux, il s'abandonnait sans retenue, il éprouvait la durée de la lumière se déplaçant sur son corps comme une joie pure, il sentait l'abcès de sa peine à vivre se vider, abandonné, de plus en plus abandonné, quand soudain le TGV passant près de sa maison klaxonna, le kidnappant dans la traîne de sa vitesse si peu humaine, l'image hurlante d'un condamné à l'enfer le traversa et il redevint tel qu'il avait toujours été : otage arraché au bonheur de vivre, résigné à son sort, certain que nul être jamais ne serait en mesure de payer de rançon pour sa liberté.

 

Etre sans valeur marchande, c'était la seule idée qui lui arrachait parfois un éclat de rire.

 

Des caractères japonais ou chinois ressemblant à des arcs lançaient des flèches pointillées qui traversaient le squelette de l'oiseau dessiné sur une page arrachée à un manuel d'ornithologie, suspendue à une corde à linge, se balançant au vent et, sans se comprendre, il cria : "Deviens qui abrège."

 

L'image proposée de son apparence ne le préoccupait plus, il pouvait par exemple se présenter sans complexe en facteur à tête de baigneur balafré à l'infini par un père jaloux, ou... c'était à chaque fois son histoire.

 

Grand amateur de promenade, il pédalait avec art sur un sentier cabossé traversant les champs fraîchement labourés, il humait la terre déjà grise et sèche dans la lumière allègre et frémissante du printemps, les premières fleurs blanches s'ouvraient dans les haies maigres, le vent léger buvait sa sueur, il mit pied à terre et ramassa une page imprimée arrachée et oubliée dans la mauvaise herbe, en noir et blanc une brune en déshabillé était couchée sur une table, les cuisses largement écartées, les mains empoignant les seins, la bouche en O, il lut un peu de texte, "nos chattes en fusion se soudèrent au moment précis où un bruit de clés se fit entendre", il se gratta un peu la tête et enfourcha son vélo en songeant : surtout, ne te branle pas, d'autres le font à ta place...

 

Dans le mistral, il éprouvait la nostalgie du vent normand.

 

Adossée contre la borne orange du téléphone d'urgence, obscène au bord de la nationale, la jupe de cuir remontant haut sur ses cuisses nues, la moue boudeuse, le regard drogué tourné vers les pommiers en fleurs, elle faillit bien l'envoyer dans le décor à l'instant où le critique d'art disait dans l'autoradio, "éviter toute dérive dans la commémoration à outrance", mais un coup de volant habile remit le véhicule fraîchement volé sur le droit chemin et déjà, raides comme des I gris dans le ciel pisseux, les premiers immeubles de la banlieue apparurent, son mégot commençait à lui brûler les lèvres, "ces étonnants instantanés érotiques me donnent le tournis des sens", le critique encore, il était temps de le jeter par la fenêtre, ça bouchonnait à l'entrée de la bretelle d'accès à la grande surface, il klaxonna deux trois fois en ricanant, c'était parfait, le concert pouvait commencer.

 

Garé sur le parking de la zone commerciale, il se souvenait d'un autre jour où garé sur un même parking, écrasé par la chaleur, attendant il ne savait plus quoi, il suait, il rougissait, il sentait sa langue se racornir dans sa bouche desséchée, se demandant s'il était bien un homme, se comparant à une grosse femme coquette expérimentant le régime dernier cri, non, la réalité était toute autre, il se livrait en fait à une stupide performance poétique après avoir pensé en roulant dans la ville que les poètes classiques ne devraient plus avoir droit de cité parce que, point.

 

Dans le vent normand, il éprouvait la nostalgie du mistral.

 

La poésie, non, je n'y crois pas, ce n'est qu'un pur et terrible baratin, répondait-il toujours quand un étudiant venait solliciter son opinion à ce propos.

 

Et cela dura ainsi jusqu'à ce matin où il se leva avec le sentiment de tout savoir sur sa propre mort.

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 17:47

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EFFRACTIONS

 

 

 

La mauvaise plaisanterie avait viré à l’accusation d’usage de faux en écriture…

Trois mois enfermés et clac ! Clac de la porte blindée refermée sur son dos. Clac dont l’écho ricana dans la brumeuse aube grise. Le ricanement de la justice, il ricana lui-même, frissonnant. Adieu prison, bonjour monde ! Carcasse s’ébranla dans la douleur, les os rouillés d’avoir trop tutoyé angoisse et ennui trois mois durant, à l’ombre de la vie. Trois mois en prison pour presque rien. Mais le presque rien selon Carcasse représentait un crime au regard incorruptible de la loi. La loi a toujours besoin de nouveaux crimes pour préserver et étendre son empire, Carcasse pensa, piéton désarticulé cherchant son rythme de croisière dans son odyssée vers la ville. La ville qui lui décochait des œillades lumineuses, là-bas, au loin.

L’hiver glace le monde, Carcasse constata en pressant le pas dans la nuit. Il happa son reflet dans la vitrine d’une boucherie, entre deux quartiers de bœuf qui se balançaient mollement au bout de leurs crocs : clown au nez gelé crissant des incisives, trop affamé pour jouer son numéro d’affamé. Congédiant son image, il se détourna. La foule gonflée comme un fleuve en crue l’avala. Lapin gibelotte, Carcasse rêvassait, dérivant dans une galerie marchande, ricochant d’un bavardage l’autre, ne comprenant rien à ce qu’il entendait.

… le temps passé à se faire belle n’est jamais perdu… préparer mes tripes à la manière d’oncle Emile et puis on verra bien pour le dessert si il y a encore de la place… mieux vaut vrai froid que faux frère…imagine la vache dans le poulailler de Mamie…  ceux de la haute n’ont pas les couilles pour dire la vérité… un rouge à lèvres vert pomme…

Le sens des autres traversait comme rien les ténèbres intérieures de Carcasse, troublé par la conscience nouvelle du caractère fragile et précaire de son existence. Société de consommation, société de prostitution, il marmonna, écœuré par son impuissance à penser autrement devant la pacotille étalée avec indécence aux yeux de tous. L’envahit la sensation déplaisante de ne pas être sorti de prison, d’être enfermé dedans comme dehors. Pris dans le mouvement commercial des corps canalisés comme en détention, harcelé par les rafales de promos et de slogans crachouillés par la sono, aveuglé par les cascades d’affaires en or, Carcasse soupirait déjà contre la liberté retrouvée. Cette liberté-là n’est pas la mienne, il soupçonna.

Mais c’était là le monde, et ni plus ni moins qu’un autre, à cet instant, Carcasse n’avait le choix. C’était ça, ou rien.

Des cris fusèrent en aval. Une vague de panique agita la foule avant de la figer. Dans l’espace commercial transformé en shaker charnel, le sexe de Carcasse se dressa sans amour dans la raie d’un cul moelleux et deux seins pointus griffèrent ses omoplates. Quelques mécontents se scandalisèrent. Elle a des clous dans les tétons, Carcasse s’inquiéta.

 Un médecin, vite un médecin, le cœur du pépé défaille, une voix paniquée cria. Défaille, défaille, défaille, Carcasse rit au verbe.

Une douce tiédeur le pénétrait. Une chevelure aux milliers de bouclettes d’or lançait des éclairs à quelques têtes de là, dans la foule figée, communiant avec le cœur du pépé. Aussitôt, l’image de Barbara, un impossible amour de lycée, traversa son esprit. Il avait souvent joué au golf miniature avec elle pour tuer les mortelles heures de philosophie. Plombs de cartouches propulsés par des attaches parisiennes bricolées en clubs. Pupitre raviné à la pointe de la plume. Collines de papier froissé. Mares d’encres. Pièges dissimulés sous des épluchures de crayon. Ralentisseurs en malabar.

Sache hisser ta bêtise à hauteur de concept si tu désires péter plus haut que ton cul, la voix brisée du professeur débutant l’heure par sa formule fétiche traversa Carcasse. L’effet de la provocation n’avait pas duré, tant ce qui à l’origine surprend à l’usage lasse. La foule se remit en branle et sa rêverie battit en retraite. La faim lui décocha un nouveau crochet dans le ventre. Dehors, vite, dehors, Carcasse n’aspirait plus à rien d’autre, rien d’autre qu’à être dehors.

C’était désormais au tour du froid de s’amuser avec Carcasse. Il lui mordait les joues et lui rongeait les os. Vieux chien enragé, il jura, marchant sans but. Carcasse n’allait nulle part. Ma liberté est indéfinie, il pensa. Il était comme un dé sans numéro qui roule dans le désert ; il était comme un vieux quotidien déchiqueté par la tempête. Je marche, je cherche, je fuis, je cherche ce que je fuis, je fuis ce que je cherche, je fuis plus que je ne cherche, Carcasse ressassait, percevant des cris d’amours impossibles à tous les carrefours, partout où il passait, tournant dans le labyrinthe des rues pour se détourner de lui-même. Immortel avide de mort errant dans un temps sans durée, dans un espace sans lieu, il se concevait ainsi.

 Dans la vie faut toujours avancer jamais reculer, c’est François qui le prétendait, dans leur cellule commune, serrant un ours en peluche contre sa large poitrine de maçon assassin, versant des larmes sur le souvenir de sa petite fille. Mais mettre un pied devant l’autre n’avançait Carcasse à rien.

Claquant des dents, prostré sur un banc, Carcasse observait sans passion deux pigeons roucoulant sur un lion de pierre, à la lueur d’un réverbère. Nulle lumière ne brillait derrière nulle fenêtre de l’immeuble se dressant devant lui. L’image d’une falaise assaillie par la mer en furie flasha en lui.

Entre, une voix de vieillard lui ordonna.

Sans se poser de questions, il traversa la rue vers l’entrée de l’immeuble, poussa une lourde porte vitrée et appuya sur un interrupteur grésillant. Une lumière acide se déversa dans ses yeux dont les paupières battirent pendant quelques secondes comme des ailes de papillon.

J’aime… avec… le cœur d’un… autre, il déchiffra laborieusement ce graffiti tracé à la pointe du canif dans le stuc d’une colonne autour de laquelle s’entortillait un escalier.

Monte, la voix ordonna encore. Carcasse entreprit de gravir les marches, lentement, s’imaginant dans un manoir hanté, puis dans un phare planté au cœur de l’océan, puis ermite dans une grotte, puis… Marche après marche, savourant sa propre lenteur comme un mets rare et exquis, il montait, étirant le temps comme un chewing-gum, avec un sourire idiot.

Je suis comme, il pensa.

Ouvre, la voix ordonna.

Carcasse était arrivé au dernier étage de l’immeuble sans même s’en apercevoir.

Sur le palier encombré de cartons d’emballage, il se fraya un chemin vers une porte rouge. Pas de nom. Toc toc toc, Carcasse frappa, attendit.

Ouvre et entre, la voix répéta son ordre.

Je ne suis pas un mouton, Carcasse songea, appuyant sur la clenche. Il poussa et la porte s’ouvrit. Sans résistance. Il referma derrière lui, tout doucement. Il n’aimait pas faire de bruit ; il n’aimait pas déranger le silence. Dans le vestibule où des chaussures s’amoncelaient autour d’un ficus mort arborant une serpillière en loques, une chaleur sèche le caressa.

L’appartement était désert. Dans le salon où régnait le clair-obscur, télé et ordinateur attendaient d’être branché sur le bavardage planétaire ; des cadavres de bouteilles s’alignaient le long d’un mur où étaient épinglées des photos de femmes nues et suggestives, des femmes de toutes sortes. Toute femelle est bonne à foutre, Carcasse extrapola, s’affalant dans un fauteuil de velours posé dans un angle de la pièce, près de la fenêtre où le lion de pierre sous son lampadaire veillait, abandonné des pigeons. Son regard erra sur un tapis représentant une ville en ruine, puis sur des étagères ployant sous le poids des magazines et de cassettes vidéo ayant survécu à la mode numérique. Le canon d’un flingue, coincé entre accoudoir et coussin, chatouillait sa cuisse. Il s’en empara et le braqua vers un chevalet où nulle œuvre en souffrance ne reposait. C’est quoi cette histoire, Carcasse se demanda, reposant le flingue sur l’accoudoir.

Dans la cuisine, il vida le frigo. Restes de pommes de terres sautées, haricots verts et gigot d’agneau qu’il réchauffa dans une casserole et engloutit, à même la gamelle, debout. Il renonça à un vieux bout de camembert désséché. Puis il entreprit de se faire du thé.

Dans le fauteuil devenu le sien, une tasse fumante dans une main, le flingue dans l’autre lui titillant la tempe, c’est presque tout naturellement que Carcasse examinait l’idée du suicide, incapable cependant de s’y résoudre. Il ignorait pourquoi. Et pourquoi oui, et pourquoi non, et patati et patata... Je ne me suicide pas par défaut de vitalité, j’appartiens à la race de ceux qui préfèrent ne pas, Carcasse termina ainsi le débat engagé avec lui-même.

Quand tu aimes, il faut partir, Carcasse pensait à la seule lettre qu’il avait reçue en prison, écrite par la femme qu’il avait aimée, la femme qui l’avait aimé.

Quand tu aimes, il faut partir. C’était toute la lettre, un vers de Cendrars, poète, et baroudeur, à en croire la légende. La même que celle reçue en guise d’invite à l’amour.

Quand tu aimes, il faut partir, et puis plus rien, c’était tout, Carcasse avait compris. Elle était partie, il était parti, ils étaient partis, ça semblait écrit. L’amour est parfois si idéal qu’il en devient impossible, Carcasse philosopha à son avantage, le canon toujours sur la tempe.

Chassant tout souci quant à sa présence en ce lieu, indifférent à la danse des flocons de neige dans la nuit, Carcasse sombra dans le sommeil.

Des rires retentirent dans le vestibule. Il sursauta. Un homme et une femme déboulèrent en s’embrassant à bouche que veux-tu. Carcasse se recroquevilla au fond de son fauteuil, encore mal réveillé, voyeur. Ils se déshabillèrent l’un l’autre en trombe dans la pénombre, pressés par la violence du désir.  L’homme jouait des doigts et de la bouche avec les seins lourds de la femme. La bagarre s’engagea entre eux dans un concert de gémissements parfumé de vapeurs d’alcool. Il la plaqua contre le mur, caressant tout son corps de son front, de ses joues, de sa bouche, de sa langue, avant de la pénétrer debout, dans un râle dont l’étrange beauté aurait déchiré toute réticence amoureuse. La lumière tamisée d’une lampe halogène envahit le salon et elle vit Carcasse, accroupi au pied du fauteuil, braquant son flingue sur leur étreinte. Elle continua à faire l’amour comme si de rien n’était, pressant le visage de son amant contre sa poitrine, accrochant Carcasse d’un regard dont l’absence d’expression se confondait avec une froide détermination. Lourde et belle, Carcasse admira, se relevant, lui faisant signe de se taire, d’un index effleurant ses lèvres arrondies autour d’un chut sensuel, la tenant toujours en joue. Elle contraint son amant à se coucher sur le dos, s’empala sur son sexe et l’aveugla de baisers voraces. Carcasse en profita pour s’éclipser à pas de loup. Il s’abîma quelques instants dans la contemplation des corps mêlés parcourus de tremblements et de spasmes. Pourquoi n’a-t-elle rien dit, Carcasse se demanda en tournant le dos, renonçant à participer à l’orgasme qui d’une seconde à l’autre allait les ravager et les éloigner. Il haussa les épaules en déposant le flingue sur le petit tas de chaussures, au pied du ficus desséché, sortit et referma la porte derrière lui.

Dehors, il neigeait encore un peu, tout était blanc, blanc à perte de vue. Le monde immaculé, Carcasse s’émerveilla.

Il ne savait vraiment pas quoi penser.


 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 14:18

sans dessin sans désir prendre un crayon écrire

ça qui précède ici ce qui suit là soupirs

phylactère où les caractères Belle et Bill

s'impriment loin du monde où nul ne sait mourir

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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 22:17

 

 

 

 

songe à Fukushima Belle en geisha se baigne

spectre blanc barbotant dans le bassin d’eau lisse

et nucléaire éclaboussant terre et mer et ciel

corps fendus cœurs fondus irradient l’impossible

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 21:48

Etre Nulle Part, c'est envisager le monde imaginé devenu réel comme un Décor.

Partout Ailleurs musique l'appel du Désir, brille comme un point de visée.

Ainsi,

pour qui est plus à l'aise entre Nulle Part et Nulle Part que Quelque Part,

le Déplacement est recommandé,

d'un Nulle Part l'Autre.

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 09:35

 

 

 

 

 

Il n’y a rien à faire ici.

 

Ni là non plus d’ailleurs.

 

Juste à être ici ou là à errer.

 

Histoire de s'aérer

 

Dans le vaste Nulle Part,

Dans le confiné Nulle Part,

Dans l'infini Nulle Part.

 

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 21:48

Murissement accéléré des pourrissements.

Peut-on croire que le monde -hommes, hommes, hommes - a réellement l'intention de ne plus se laisser fasciner par 

le mensonge qu'il est ?

Me réfugier,

Dans une caverne creusée dans une falaise de craie surplombant n'importe quel océan.

Ecrire, d'une écriture qui n'accompagne rien, ermite.

Et pourquoi pas?

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 14:30

 

intime de personne hormis du myhe Moi

mystère ou film ou livre où rien n’est plus réel

que l’inhumanité du monde qui vote un doigt

vengeur braqué à droite à gauche à blanc aux abois

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 14:22

Mon Nom est Infox.

Je suis la reine des ondes.

Je façonne toute conscience.

Je vise à la neutralité, pour donner une bonne opinion de moi.

Je possède la science du ressassement éternel.

Je suis une schizophrène insoupçonnée.

Je puise toute mon énergie dans l'évènement que je crée.

Je me sens partout chez moi, surtout chez toi.

Je ne possède aucune conscience de ma signification profonde.

J'ignore tout de l'enfance.

J'ai toujours été ce que je suis et le serai jusqu'à la fin.




20/10/2001, 14 heures 1 minute

Aaaaah, enfin libre, ma chère petite vaisselle récurrée, pas de rapport salarial en vue pour ce jour, si je regardais par la fenêtre ouverte?

Les Monades n'ont point de fenêtres, par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir.

Tiens tiens!

Fidèles au poste, les apprentis-charcutiers, bustes reposant sur le rebord de la fenêtre, les 3 apprentis-charcutiers dans leurs blouses maculées de giclures de barbaque têtent leur cigarette, nourrissons goulus, 1 enfant palestinien de 13 ans tué par l'explosion de l'obus avec lequel il jouait, mes 3 apprentis-charcutiers isolent et traquent des yeux les jolies filles qui passent 2 étages plus bas, 5 pour moi, Amiens coup de filet policier, 5 fusils à pompe, 1 pitbull, 123 armes blanches, 7 interpellations, oh si j'allais sur le balcon, mon beau balcon, m'accouder à la balustrade rouillée, et moi aussi regarder, regarder à en crever, jolies filles et jolis garçons, belles autos et affreux cabots, et surtout tenter de faire mien le sens du mouvement, le sens du mouvement du monde, le sens du mouvement du monde en lutte contre son autophagie, la ville rose n'a toujours pas pansé ses plaies.

Mais, nous devons l'apprendre pour le savoir, une ville sans plaie est une ville morte.

Le couloir que je dois emprunter pour me rendre dans le salon ouvrant sur le balcon, le couloir est envahi par des milliers de sacs plastique vantant les plus grandes marques du monde, j'adore le bruissement qu'ils émettent quand je les foule de mes pieds nus, j'adore leurs caresses la nuit sur mon corps nu quand ravagé par l'insomnie je vais boire un verre d'eau à la cuisine, le plus petit avion de tourisme s'écrasant dans la plus petite piscine de stockage de combustibles irradiés du centre de retraitement de la Hague égale 67 Tchernobyl, nous ignorons ce que cela signifie, passons outre cette terrible sensation de vivre dans un monde qui n'existe déjà plus, j'ai toujours l'impression d'être une aristocrate oisive quand j'ouvre la porte-fenêtre donnant sur le balcon, système Crotale de surveillance, j'ai toujours rêvé d'enfiler un préservatif fantaisie à un missile sol/air, ou même oh oui à un simple serpent à sonnette, mais je ne l'ai jamais fait, faute de posséder missile ou serpent, je ne connais rien de plus exaltant que de m'accoupler avec ces  êtres et ces objets qui savent décocher la mort aussi simplement qu'un sourire commercial, oh ce cauchemar de boucan automobile, oh ces roquets aboyeurs, les 3 apprentis-charcutiers sourient, ils sont mal rasés, ils doivent être sales, je n'irai pas acheter mon pâté la-bas, non, je n'irai pas acheter du pâté la-bas, non, pour rien au monde, même pas pour la fin du monde, j'ai mal au ventre rien qu'à l'idée.

L'idée, c'est que je suis le personnage.

14heures 8 minutes.

22/10/2001, 15 heures 49 minutes

Oooooh, la vie abjecte!

Garé sur le parking immense entourant la dernière colline autorisée aux oiseaux, l'œil sur le rétroviseur où deux amants fugitifs forniquent dans une vieille coccinelle comme des sardines en boîte.

1400 immeubles mis à prix 3 milliards d'euros.

Jamais je n'avouerai qui je suis, enfant, mâle, femelle, vieux, logiciel, discours ou n'importe quoi, non jamais je n'avouerai ni qui je suis ni comment je vis, il faut que j'aille me faire tester, un employé des postes de la Maison Blanche d'une voix grillée par la terreur s'étrangle et pleurniche, oui, moi aussi, me faire tester, je dois absolument tester ma nature humaine auprès d'une autorité compétente, oh oui, oh oui, oh oui.

Et au cœur de ma rêverie je vis tout homme expulsé de tout rêve.

Aristote a écrit que l'homme est un animal politique,

Hobbes a écrit que l'homme est un loup pour l'homme,

Des milliers d'autres ont écrit que l'homme était ceci ou cela,

Et nombre de constitutions ont décrété que l'homme était un citoyen, (assujetti à des devoirs, jouissant de droits) :

—tout ce que cela implique, ma pauvre dame.

Moi, mon heure a sonné d'écrire que l'homme est : un animal abject.

Et si ni vous ni moi ne savons pourquoi, ils vont tous bénéficier d'un plan d'épargne personnalisé, en arrachant notre cuirasse publicitaire, en torturant notre viande faisandée, en titillant nos nerfs à vif, en grattant nos os trafiqués, vous comme moi savons en quoi.

L'homme est un animal abject,

otage de la mort détestant son existence,

otage de l'existence détestant sa mort :

Et bicéphale à tout intant, et monstre en indétermination, pouah, enfin oui : l'homme est un animal abject et cette affirmation est le tas de fumier sur lequel repose désormais la vigueur de toute utopie.

Et l'utopie comme parasitage de l'ici maintenant, mutation de l'ici maintenant, ici, maintenant.

A Drouot, un boulet de canon provenant de la bataille de Waterloo mis à prix 305 euros.

Ne t'allonge pas sur n'importe quel divan si tu veux rimer avec vivant.

Les  amants ont depuis longtemps déserté le rétroviseur.

17 heures 2 minutes.

25/10/2001, 13 heures 26 minutes.

C'est un exercie militaire multinational dans le désert égyptien et l'ennemi est en carton-pâte, ma télévision est en viande hachée pétrifiée et plastifiée, je ferme les yeux pour échapper à mon autoportrait : poète écrivant avec un scorpion trempé dans un flux d'ondes délétères.

Dans la bodega bourgeoise où bouillonne une soupe latino surdécibélisée, deux jeunes filles relatent et commentent les comportements normalisés des figurants traversant le catalogue de leurs amours virtuelles, il fait encore très très chaud à l'intérieur du tunnel du Gothard, elles lèchent à tour de rôle une cuillère de glace à la framboise, les pompiers ne sont pas encore arrivés au coeur du sinistre, moi non plus, habitue-toi à devenir un rescapé de toute catastrophe dont tu n'auras pas été la victime immédiate.

Elles s'amusent avec des illusions aux allures d'horizon clôturé, et ensuite ce sera le gros objectif.

Le seul rêve désormais que tout objet cesse de fonctionner et s'anéantisse dans la sueur des survivants et dans les larmes des condamnés.

Pas de réalité, pas de rationnalité, pas de fiction : la survie dans le langage à travers un inachèvement ontologique absolu, contre toute fin élue dans l'hypermarché des fins proposées (imposées), avec pourtant une source, avec pourtant une perspective, moins 2,6%.

Une simple chute dans l'étonnante présence au monde ressuscitée, avec de plus en plus insistant le sentiment très léger que le monde n'existe déjà plus, que nous nous contentons simplement de faire semblant de nous agiter dans les panoramas comme dans les détails de ses images résiduelles, contracture de la cuisse, les lanières de calamars ressemblent à des pictogrammes, des flammes jaillissent de mes narines quand je m'essaie à penser.

Des squelettes s'agitant comme des hamsters dans la grande roue de la persistance rétinienne.

Une super-expérience professionnelle, la jeune métisse rose piaffe comme une jument que le prince monte pour la première fois.

Vis dans le brouhaha en guerre contre le silence qui étrangle ta voix, brou dans le ha ha.

14 heures 56 minutes.

19heures 1 minute

L'enfant, trois ans, monologue en reconstruisant le monde en légos : le bulldozer va faire le boulot cosmique, oui.

Alors, l'Empereur des Fruits et Légumes de Shaman sourit, se plie à la tradition et offre à l'infidèle 50 kilos de grenades bien mûres en guise d'adieu…

Il y a une autre horreur cachée…, remarque l’enfant.

L'attraction terrestre!

19 heures 3 minutes

26/10/2001, 22heures 44 minutes

Alors, sous l'averse de fraises mazoutées bombardant la piste de danse du night-club, l'artiste déclare :

Pour bien se gérer dans sa vie comme dans sa production, il faut nécessairement un planning et…

Alors je lui fous mon poing dans la gueule.

Et alors il dit en crachant ses dents :

Damned! T'es pas cool!

Non, je ne suis vraiment pas cool.

Lutter contre les attroupements dans les halls d'immeubles.

Et alors la nana derrière moi hurle à la nana devant moi:

Hé, ma petite glace, va falloir qu'on fasse provision de vidéo pour l'hiver!

Et alors je m'enfile la pinte de Strong du Punk de Cromagnon cul sec et rote une hyperputride.

T'as raison, ma brûlure au chocolat!

Et alors le Punk de Cromagnon me fout un méga coup de boule et j'atterris dans une poubelle de cacahuètes moisies, pissant du sang par le nez.

Les gens qui rentrent du travail sont obligés d'enjamber les corps allongés et d'éviter leur regard.

Et je prends la poudre d'escampette, me frayant un passage à l'aide de mon douk-douk géant à travers une jungle de jambes.

Et à la sortie je me retrouve nez à nez avec un gros rat casqué qui me glisse dans l'oreille :

Les talibans ont pendu et décapité le commandant Abdul Hak.

La peur me remet debout.

Et alors Soldo le Clodo m'alpague et m'expose sa théorie du toboggan post-monétariste piégé par les sorciers de toutes les tribus indiennes décimées par la variole durant la conquête de l'Amérique par les Européens avant de conclure que le retour à l'envoyeur initial est la clé de l'Histoire.

Et soudain l'intense bonheur m'électrifie d'enfin vivre dans le futur immédiat plutôt que dans ce présent cacochyme et suranné.

27/10/2001, 11 heures 16 minutes

J'enfile mes basketos magiques et je m'expédie illico aux temps bénis de la guerre froide, exactement au premier frémissement de l'aube tueuse de nuit, dans Berlin comme dans tous les confins du monde, dans les arrière-cours les plus reculées comme dans les bars les plus souterrains, dans les jardins les plus fleuris comme dans les squares les plus décharnés, partout où Nikki Sudden accompagné de son orchestre fantôme surgit pour, de sa voix de machine exténuée, me déchirer le dedans comme un chagrin d'amour…

Anthrax : le FBI suspecte l'extrème-droite américaine.

Une fantastique odeur de pisse distillée aux petits oignons.

Des milliers de pakistanais armés se dirigent vers la frontière afghane pour accomplir le Jihad…

Plutôt la mort que cette vie d'injustice, la voix de miel d'un moudjahidine anonyme.

God save Nikki Sudden!

12 heures 12 minutes.

28/10/2001 11 heures 6 minutes

La rave-party s'est terminée ce matin sans incident.

Faute de pétrole, longue heure à décrire des cercles autour d'une pompe à essence perdue dans la campagne à l'affût d'un moment d'inattention de la pompiste resplendissante dans son costume traditionnel, mais en vain, mon auto dans tous les cas demain vrombira mue par une énergie imaginaire.

Fusillade dans une église chrétienne pakistanaise, 18 morts.

Partisan désormais de la ligne droite plutôt que de la fourbe orbite, je fonce le long de la plage d'Omaha Beach sous le vieux soleil épuisé, m'arrêtant un moment pour regarder les fantômes américains se livrant à une infinie partie de base-ball parfois interrompue par le rire sidérant de l'arbitre.

Les américains accumulent les erreurs de bombardement.

Reliefs de foie gras.

Cacahuètes.

Anchois frais.

Bombe dans un bus pakistanais, 3 morts.

Harengs marinés.

Salades de haricots noirs.

Chataignes.

Fond de soupe au céleri.

Reliefs de dorade grise.

Fusillade dans un restaurant chinois de Paris, quelques blessés.

Sardines grillées.

Riz blanc.

Fromages de brebis.

Glace au caramel.

Malheur à celui qui porte en lui un désert!

Des escadrons d'étourneaux dansent dans la brume du crépuscule, les hommes butent sur leur impossibilité de durer et tombent comme des mouches dans le piège de la terreur virtuelle, l'informaticien ressemble à un spectre dans l'étrange lumière d'automne, lumière... O brouillard limpide!

Figurines qui ne semblent pas avoir besoin du soleil pour s'animer et nous émouvoir.

18 heures 9 minutes

31/10/2001, 18 heures 57 minutes

Tous les moyens sont bons pour avoir des infos, c'est comme le sexe, c'est comme le fric, c'est comme la dope, le manque est atroce. Mais, mec, n'oublie jamais que ce n'est pas d'avoir la bonne info qui compte, c'est être à même d'inventer la bonne interprétation de n'importe quelle info, même une de treizième main et douteuse au possible, c'est ça qui te rend maître du monde, mec, la bonne interprétation.

Happy Halloween! Explosez, citrouilles piégées! Dansez, squelettes commerciaux! Empoisonnez, sorcières fascistes! Chatouillez, araignées atomiques! Happy Halloween!

6 hommes en possession du plan d'une centrale nucléaire en Floride et de cutters arrêtés puis relachés sont recherchés par le FBI, quelques péquenauds incultes jouent au vidéo-chamboule-tout Place de la République…

Jouir de se faire enculer par la propagande.

L'évènement comme trip, son ressassement comme plongée dans l'enfer de la dépendance.

Ce n'est pas par ignorance que nous errons mais par pure fainéantise.

A l'Hopital Américain de Dubai, un agent de la CIA aurait rencontré Ben Laden souffrant d'une infection rénale.

Et, sur ordre du Bien et du Mal réunis sous la bannière du Jugement Dernier, que Bush recompte un à un, et à la main, les bulletins de vote qui l'ont conduit à la Maison Blanche!

19 heures 30 minutes

01/11/2001, 16 heures 13 minutes

Ils vont et viennent sur la promenade du port miroitant servant de parking à des bateaux de plaisance où devisent un verre à la main des marins immobiles, ils vont et viennent, B 52, élégants et légers sur leurs rollers, la vitesse dont ils jouissent déforme le son de leurs conversations frivoles, certains supporters anglais demandent à ce que leurs cendres soient répandues sur le terrain de leur équipe fétiche.

Les autres qui marchent semblent affligés de lenteur comme d'une tare, souvent se plaignent de maux de ventre, d'évanouissements, de migraines, de douleurs mystérieuses et éphémères, les américains bombardent un barrage, ils parlent aussi d'un ton gourmand et éclairé de la qualité de la viande à eux personnellement fournie par le boucher, ou de la bombe climatique, ou des clauses obscures de leur contrat d'assurance-vie, ou qu'il n'y a pas à être pour ou contre la guerre, le sentiment de l'inéluctable creuse son tunnel dans les consciences dociles, Ben Laden appelle ses frères musulman du Pakistan à se soulever contre le gouvernement félon et à rejoindre le djihad, tout seigneur  appartient nécessairement au camp du bien : à chacun sa croisade.

Et il y aussi les chiens qui se mèlent avec une application toute canine à la réalité occidentale de cette Toussaint.

Et moi aussi parmi eux, je vais, luttant contre le bombardement optique et sonore, luttant comme un zombie pour nier ma défaite pourtant déjà consommée. (Depuis ma naissance?)

Ombre en aube totalitaire.

17 heures, 12 minutes

03/11/2001, 17 heures, 7 minutes

Sombre éternel blues dans la galerie commerciale où déjà dans les vitrines le rouge chasse l'orange et la barbe du père Noël le rictus du squelette, il pleut en Afghanistan, comme si la métaphore du bourbier militaire fonçait vers son incarnation, simple station vers quelque-chose-de-pire-pour-demain, comme si il n'y avait plus que le pire pour nous tenir en haleine, les consommateurs ont mis toute expression en berne, leur foi en n'importe quoi désormais grabataire, et on n'a pas encore rempli notre mission de cyberespion, ce sont les zouzous qui le disent dans la télé de l'espace détente réservé aux bambins s'accrochant aux bipeurs qui les relient aux mamans invisibles, les consommateurs titubent sous le poids de leurs achats, ce serait comique si ce n'était pathétique, alerte au camion-suicide en Italie, la terreur est une drogue imposant la stupeur, chaque alerte sonne comme la promesse d'un trip morbide et magnétique, une souris américaine explique les lois du marché à une souris papoue dans un cartoon, les bambins regardent et incorporent hypnotisés, impossible de fermer le robinet, il faut s'abandonner, voir et entendre jusqu’à la lie, s'halluciner jusqu’à l’hallali final, jusqu'à 70 kilomètres de bouchon.

18 heures

06/11/2001, 11 heures 8 minutes

Ce matin, comme depuis une trentaine de matins, les bombardements se sont intensifiés sur l'Afghanistan, mes aisselles puent, je parle tout seul, je fracasse ma tasse de café contre le mur, je ris en hurlant pensant ainsi imposer silence à la parole occidentale du monde, rien jamais ne modifiera l'âme humaine tant qu'elle n'aura pas su échapper à ses propres modes de fonctionnement, ça dégouline partout sur les murs, l'existence ordinaire semble encore à peu près normale : mais ce n'est pas pour autant que je me laverai aujourd'hui, rêvant d'enfin atteindre à cette… puanteur poétique

Puanteur poétique?

Ben Laden est un paranoïaque doublé d'un psychotique, affirme un expert. Comme l’Amérique.

Encore des victimes innocentes à prévoir : comme si le simple statut de victime conférait à l'être humain l'innocence, comme si la voix de l'empire stipulait :  te tuant, je t'offre le salut.

Constipation occasionnelle? Ne t'exprime plus que par déchets narratifs.

Et maintenant, léché par des langues de feu, à l'écart de l'affrontement réel qui là-bas s'opère au lance-flammes, et aussi avec la sensation d'être sodomisé par un inconnu lisant un gratuit, j'aimerais tant ne pas être.

Mais les circonstances en ont décidé autrement, et vous explosez tous de votre rire sardonique.

21 heures 13minutes.

9/11/2001, 15 heures 15 minutes

1 mort, 7 blessés sur je ne sais quelle autoroute, et les fameux grêlons gros comme des oeufs de pigeon sont de retour, fidèles au calendrier, et Paul Doré me téléphone pour me raconter qu'à midi il a mangé… du pigeon farçi, aux grêlons je demande, c'est un nouveau restaurant ou quoi les grêlons il demande, non non, j'ai juste mangé du pigeon farçi avec Chantal Leboeuf et voilà tu vois le topo, Chantal Leboeuf la grosse vache du département Recherche et Dévelopement je demande, il raccroche, les policiers français font la grève du zèle, l'insécurité, le manque de moyens, on connait la refrain, et si on appelait les américains pour faire le ménage dans les quartiers sensibles, j'allume la télé, je coupe le son, 1, un tribunal américain, 2, un vieux couple avec les canapés rouges, les statuettes africaines, le tableau cubiste aux couleurs merdeuses et les verres d'alcool, l'interphone me sonne les cloches, oui je dis, Madame Lecouturier j'ai rendez-vous, avec la gynéco ou le dermato je demande en appuyant frénétiquement sur l'interrupteur commandant la porte de l'immeuble, 2, une main composant un numéro secret sur un clavier, je vais pisser, 3, encore un tribunal américain, et je retourne sur 1, et c'est toujours un tribunal américain, mais ce n'est pas le même tribunal sur 1 et sur 3, je zappe, pas le même mais par contre les figurants semblent les mêmes, voilà qui est troublant, le téléphone sonne, Jean Martin d'AGR, un sondage, pas le temps, il pleurniche, d'accord, Jean veut savoir si j'ai acheté une auto dans les trois dernières années, non, merde, 2, un flic allemand dans un fauteuil à motifs écossais, 4, rien, 5, un costume cravate au téléphone, 6, une malade à l'hôpital, aaaaaaaah j'éteins, je soupire à l'infini, une de mes activités métaphysiques favorites, et je souris en pensant à la cuite phénoménale que je vais prendre si cette putain de journée continue, les avions ont largué de l'avoine pour les chevaux des soldats de l'Alliance du Nord, dans l'air l'idée de lancer grimpés sur des chevaux ragaillardis par l'avoine américaine probablement enrichie en vitamines l'assaut contre les chars talibans. Et si moi aussi je…

AAAAAAAAAAAAH.

Published by emmanuel.thomazo.over-blog.com - dans Dans le mégaphone
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